Les MVNO
28/11/11 - innov24.com
Le monde change... Par ce slogan largement véhiculé dans une campagne télévisée d'envergure, La Poste Mobile donne
le ton… mais si le monde de la téléphonie mobile change pour le consommateur, c'est aussi et avant tout qu'il a
changé pour les opérateurs. Historiquement oligopolistique, le marché des opérateurs mobiles s'est étoffé et compte
aujourd'hui une multitude d'acteurs, plus ou moins gros… Pour mieux se consolider ?
Depuis 2005 en effet, un nouveau type d'opérateurs mobiles a commencé à émerger : les MVNO. Derrière cet acronyme
se cachent des " opérateurs sans réseau " (Mobile Virtual Network Operator). Leur activité n'avait à l'origine que
peu à voir avec le métier d'opérateur au sens technique du terme, mais résidait essentiellement dans une activité
marketing et commerciale. Pour ce faire, ils achetaient du trafic aux opérateurs de réseau et le revendaient sous
leur marque et à tarif libre à leurs clients. Traditionnellement positionnés sur des marchés low cost, de niche ou
communautaire, ils peinaient jusqu'à présent à se faire une place auprès des Orange, SFR et Bouygues. Aujourd'hui,
leur métier évolue vers plus de maîtrise technique de leurs offres, qui accroît leur différenciation, condition
essentielle à leur développement.
Qui sont les MVNO ?
Plusieurs types d'acteurs se sont lancés sur ce marché, 4 catégories majeures se détachent :
- Ceux qui bénéficient d'une marque forte : NRJ Mobile, Virgin
- Ceux qui exploitent un réseau de distribution établi : Auchan, Leclerc, Carrefour
- Ceux qui misent sur le prix (générique ou ciblé comme les " communautaires ") : Lebara, Prixtel, Zéro forfait
- Ceux qui disposent d'un parc établi en téléphonie fixe, accès internet et offrent ainsi une offre convergente :
Numéricable
2011, l'année des MVNO ?
Les premiers mois 2011 augurent d'une année de réelle croissance pour ces acteurs. Leur part de marché a en effet
grimpé de près d'un point au premier trimestre 2011, selon l'ARCEP (Autorité de Régulation des Communications
Electroniques et des Postes), ils représentaient fin mars 8,4 % du marché français de la téléphonie mobile. Après
deux trimestres déjà en croissance soutenue, c'est un signe plutôt encourageant. Il semble en premier lieu que les
MVNO aient profité des hésitations de SFR et Orange quant à la hausse de TVA, car le passage de 5,5 à 19,6% de la
TVA sur les services télécoms autorisait en effet les abonnés à résilier sans pénalité. Les quelques semaines
d'application ont profité aux MVNO avant que SFR et Orange ne fassent machine arrière.
Après avoir longtemps stagné autour des 5 à 7% alors que dans d'autres pays européens, la part de marché des MVNO
dépasse allègrement les 10%, on peut penser qu'une étape est franchie.
Un contexte concurrentiel
Si la dérèglementation a permis leur naissance, l'attribution d'une 4ème licence d'opérateur mobile accompagne leur
envol en ouvrant la voie à une concurrence accrue. Sur un marché mature où le taux de pénétration atteint 100,9%(1),
l'arrivée d'un 4ème opérateur (Free dont le lancement est prévu début 2012) se fera forcément au détriment du parc
client des 3 opérateurs en place.
Un contexte qui profite assez largement aux MVNO. Indésirables au commencement - on se souvient notamment de Martin
Bouygues qui les qualifiait en 2008 de " romanichels campant devant son château " ou encore de " coucous qui font
leurs nids chez les autres ", ils sont aujourd'hui un vrai relais de croissance pour les opérateurs.
Car quand bien même une partie de leurs clients rejoint ces nouveaux opérateurs, récupérer le trafic généré leur
permet de rentabiliser leurs réseaux.
Un contexte règlementaire
Parallèlement à cela, les MVNO regroupés au sein d'une association " Alternative Mobile " et les associations de
consommateurs sont particulièrement actifs auprès de l'ARCEP et maintiennent une pression constante pour que soit
garanti un marché équitable pour tous. Au nombre des combats menés, on compte par exemple la baisse du prix des SMS.
En pratiquant des tarifs de rupture sur cet usage dès leur lancement, les MVNO ont amené l'ARCEP à se pencher sur
les tarifs pratiqués par les opérateurs et à leur imposer une révision tarifaire, soutenue en cela par la Commission
Européenne.
Le contexte règlementaire a progressivement imposé aux opérateurs ce nouveau modèle de collaboration, en les
obligeant à plus de transparence, plus d'équité et plus d'ouverture. Le respect de conditions tarifaires permettant
de laisser un espace économique réel aux MVNO est également au centre des préoccupations de l'ARCEP.
Un contexte technique
Au-delà des préoccupations tarifaires, il est clair que la maîtrise totale du contenu technique des offres par les
opérateurs de réseau limitait la marge de manœuvre des MVNO. Contraints de donner de plus en plus d'autonomie à
ceux-ci, les opérateurs cèdent progressivement du terrain sur ce qui était jusqu'à présent leur chasse gardée. Là
où le MVNO n'accédait qu'à de la revente sur la base de ce que son fournisseur était prêt ou apte à lui concéder,
il prend peu à peu la main sur la maîtrise technique de son offre.
Par exemple, le MVNO peut à présent gérer lui-même le routage de ses appels à l'international, ou encore disposer
de son propre IN (Intelligent Network), un équipement réseau qui lui permet d'exercer un contrôle temps réel sur les
usages, et lui offre ainsi une réelle indépendance dans la construction d'offres de type prépayées ou forfaits
bloqués…
Petit à petit le MVNO a gagné du terrain, en rapport avec sa capacité à maîtriser ce nouveau métier. En rapport
aussi avec sa capacité d'investissement. Car il ne faut pas se leurrer, les investissements sont lourds. En termes
financiers certes mais aussi de formation, de recrutement. Car il s'agit ni plus ni moins d'acquérir une compétence
opérateur.
Le stade " ultime " ayant été atteint en mai dernier avec l'accord " Full MVNO " signé entre Virgin (à date raccordé
au réseau d'Orange) et SFR. Virgin Mobile, 1er MVNO de France avec près de 2 millions de clients a fait le choix de
l'autonomie, gage de différenciation, au prix de plusieurs dizaines de millions d'euros d'investissement. Virgin
sera donc propriétaire de son propre cœur de réseau, les équipements techniques étant les siens, et utilisera la
couverture réseau de SFR.
Un autre acteur positionné " full MVNO " d'origine anglaise arrive également sur le marché. Il s'agit de Lycamobile
qui va s'appuyer sur le réseau de Bouygues. La téléphonie mobile entre donc ainsi dans l'ère du " dégroupage".
"Grâce à cette autonomie nouvelle, nous serons capables d'offrir des services innovants. Nous pourrons par exemple
bâtir une offre familiale où les parents ont un forfait qui permet de recharger les formules prépayées des enfants.
Nous allons imaginer de nouvelles formes de segmentation des offres d'Internet mobile, pas seulement au volume
consommé. On pourra aussi proposer des recharges payantes lorsque le forfait plafonné à 200 mégaoctets de données
arrive au bout" indique Geoffroy Roux de Bézieux, Président d'Omea Telecom (propriétaire de Virgin mais aussi Breizh
Mobile, Télé2 Mobile, Casino).
En conclusion…
Si La Poste Mobile et ses offres restreintes en nombre, simples et économiques fait évidemment bouger le marché
mobile avant même le lancement de Free, la vraie nouveauté reste ce nouveau modèle de MVNO inauguré par la signature
de l'accord de Full MVNO entre Virgin et SFR. Car elle ouvre la voie à de nouvelles offres, de nouveaux usages,
moins soumis au contrôle des acteurs historiques. Mais alors vers quoi tend tout cela ? Inévitablement, le premier
accord français de dégroupage mobile n'est pas sans rappeler la téléphonie fixe des années 2000…
Il y a fort à parier que les opérateurs observent avec attention ces acteurs innovants qui disposent d'une souplesse
et d'une réactivité souvent plus grandes que les leurs, et opèrent à terme une consolidation. Le monde change…
(1) Source ARCEP 2011