Le papier numérique
02/06/11 - lenouveleconomiste.fr - Eve Eleinein
Après s'être imposée en un temps record sur le marché des particuliers, la tablette s'apprête à conquérir les
bureaux et les attachés cases. " La très grande majorité des entreprises en est au moins au stade de
l'exploration", estime Jean-Denis Muys, expert au sein du cabinet de conseil Klee Group.
Il est donc trop tôt pour déterminer quels seront tous les nouveaux usages des iPad et de leurs concurrents, mais
des pistes se profilent. Ultra-portables, toujours connectées, les tablettes ont toutes les qualités pour se
substituer aux dossiers papiers.
" L'une des utilisations les plus évidentes est celle d'une 'bibliothèque électronique ", pour les
commerciaux notamment, précise Jean-Denis Muys. Cela leur évite le transport de dossiers très lourds lors de
déplacements chez les clients. Sans compter que la tablette peut être synchronisée en temps réel avec le
serveur de l'entreprise, permettant ainsi au salarié de profiter d'une base toujours à jour. La tablette permet
une réactivité quasi immédiate, avec par exemple l'envoi des documents au client par e-mail."
Une pratique qui permet également de récupérer des adresses de clients dans une perspective de prospection. Loin
d'être un simple dossier électronique, l'outil supporte aussi des applications propres à chaque métier, comme
des simulateurs pour les prêts bancaires et les offres immobilières." La tablette s'inscrit dans une évolution
de notre société, qui va vers davantage d'information immatérielle", pense William Porret, directeur associé
du cabinet Enora Consulting.
Cette tendance avait déjà été initiée avec le smartphone, qui permettait par exemple d'optimiser la tournée des
commerciaux avec la mise à jour de leur planning en temps réel."La portabilité et la réactivité de la tablette
constituent aussi un avantage de taille face à l'ordinateur portable. Sa mobilité et son autonomie sont très
adaptées à un usage nomade", explique Jean-Denis Muys.
Même les netbooks de type Eee PC, pourtant conçus spécifiquement pour pouvoir être aisément transportés, peuvent
difficilement rivaliser. "La tablette est instantanément disponible, ce qui supprime tout obstacle cognitif.
L'ultraportable prend un certain temps pour s'allumer. Même si ce délai est court, il peut suffire à décourager
l'utilisation face à un client." Psychologiquement, le fait que la tablette se présente à plat comme une feuille
de papier est aussi un avantage car toute barrière est abolie. Résultat, les opérationnels sont très souvent
demandeurs auprès des services informatiques.
A la fois agenda, base de données documentaire, bloc-notes, l'outil permet peu ou prou les mêmes usages que le
papier, dans un volume moindre et avec des possibilités supplémentaires. "Le périphérique multifonctions
correspond à une vraie demande", estime Olivier Zanon, directeur des opérations de Fedaso, spécialiste de
la dématérialisation des données.
Mais la mobilité ouvre une faille de sécurité."En raison des risques de piratage, mais aussi du comportement
des utilisateurs, qui peuvent laisser "fuiter" des données sensibles, oublier ou égarer leur outil. Reste que
la tablette dispose de suffisamment d'atouts pour s'imposer. L'inconnue réside plutôt dans l'impact organisationnel.
Il est encore trop tôt pour dire si elle permettra simplement de gagner en efficacité et en ergonomie, ou si
elle sera le vecteur de changements profonds dans la manière de travailler", conclut Jean-Denis Muys.