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Pollution, mieux vaut prévenir que guérir
Avis d'expert de Gérald Espardellier, fondateur et directeur Associé de ENORA Consulting
01/12/09 - Instantanés techniques


Face au problème de pollution grandissante de l'ensemble des milieux naturels, deux types de solutions peuvent être envisagés : la dépollution ou l'anticipation de cette pollution. Selon Gérald Espardellier, fondateur et directeur associé de Enora Consulting, c'est cette deuxième approche préventive qui se développe de plus en plus, notamment grâce à l'éco-conception.

Qu'est-ce que l'éco-conception ?

Chaque produit (ou service) génère des impacts sur les milieux naturels. La philosophie de l'éco-conception consiste à concevoir ou à améliorer un produit en intégrant des aspects environnementaux aux critères de qualité, d'esthétique, de faisabilité technique et de coûts pour conserver la qualité d'usage. Ce processus tient compte des impacts environnementaux à tous les stades du cycle de vie du produit - de l'extraction des matières premières à la fin de vie, en passant par la fabrication, le transport, l'utilisation et la réutilisation.
L'éco-conception permet de progresser de manière continue vers la réduction des impacts, elle est normalisée au niveau international par la norme ISO 14062 depuis 2002. Cette norme décrit des concepts et des pratiques ayant trait à l'intégration des aspects environnementaux dans la conception et le développement de produit (le terme "produit" englobant à la fois les biens matériels et les services).

L'importance de l'analyse fonctionnelle et de l'analyse du cycle de vie

La base d'une démarche d'éco-conception, comme dans toute démarche d'amélioration est de connaître son point de départ et les objectifs à atteindre par rapport à cette référence. Deux types d'évaluation environnementale se distinguent pour cadrer la démarche :
  • L'analyse fonctionnelle
    Pour comparer entre eux des produits (ou des services) qui ont des fonctions semblables mais avec des performances, des caractéristiques et des conditionnements différents, on utilise la notion d'unité fonctionnelle. Cette dernière correspond à la quantité de produit nécessaire pour remplir une fonction, pendant un temps donné et avec une efficacité donnée.
    Par exemple pour comparer les impacts environnementaux de quatre types de sacs de caisse (sac biodégradable, sac plastique, sac papier, cabas réutilisable), il est possible de considérer le volume de marchandises consommées annuellement par une famille moyenne.
  • L'analyse du cycle de vie (ACV)
    Chaque entreprise développe sa propre méthode adaptée à sa situation et à sa stratégie suivant 2 types de démarches :
    • Exhaustive : évaluation de tous les critères environnementaux à toutes les étapes du cycle de vie en faisant un inventaire des flux de matières et d'énergies entrants et sortants, c'est l'Analyse du Cycle de Vie (ACV), décrit par les normes ISO 14040 à 14043.
    • Sélective : focalisation sur un ou plusieurs critères environnementaux et/ou une ou plusieurs étapes du cycle de vie.

Quelques exemples chiffrés

Afin de donner une idée des gains générés par une démarche d'éco-conception, voici quelques exemples :
  • Pour l'élaboration d'un sac à dos, les choix d'éco-conception de Lafuma se sont portés vers la mise au point d'une nouvelle matière textile. Par ailleurs " la plaque " en polymère pour le dos, non recyclable en fin de vie, a été remplacée par une armature en acier beaucoup plus légère (100g contre 300g). De même, le filet en PVC a été supprimé, et remplacé par deux pans de tissus renforcés, etc.
  • En 10 ans, les bouteilles d'Evian ont vu leur poids réduit de 24%.
  • Les textiles techniques de Ferrari Textiles sont devenus 100% recyclables grâce au procédé Texyloop®.
Mais les gains sont difficilement modélisables avec un seul chiffre parlant. Les différents outils disponibles (logiciels ACV ou d'éco-conception) donnent plutôt des graphes donnant la contribution des différentes étapes du cycle de vie à l'impact environnemental total.

Les écueils possibles de la démarche

  • Les transferts de pollution
    Suite aux différentes analyses menées, les considérations environnementales sont intégrées au processus de conception pour identifier les opportunités d'amélioration, et notamment les transferts de pollution.
    L'hypothèse d'éco-conception du produit considéré ici vise à réduire l'impact de l'extraction des matières premières. Cependant cette solution entraîne une augmentation de l'impact environnemental au niveau de la fabrication et de l'utilisation. L'hypothèse de travail montrée ci-dessus ne permet pas de réduire les impacts environnementaux globaux car la pollution est intégralement transférée à d'autres étapes de vie du produit.
    Si l'impact environnemental global n'a pas baissé, on comprend la limite de l'exercice. En revanche, même pour un impact environnemental très légèrement en baisse, cet exercice vaut le coup et d'ailleurs assez souvent le coût !
  • Le manque de coopération interne sur le projet
    A titre d'exemple, des possibilités de réduction des impacts peuvent être :
    • L'utilisation d'énergies renouvelables à l'extraction et au transport
    • La réduction de la consommation des ressources naturelles
    • Le remplacement de certains matériaux
    • La modification de process de production
    • La sensibilisation des utilisateurs pour une utilisation prolongée
    • La réduction des déchets et l'amélioration de leur collecte grâce à la composition optimisée
    La démarche est donc l'affaire de l'ensemble des départements de l'entreprise afin de pouvoir identifier les pistes d'amélioration potentielles tout au long du cycle de vie. Dans tous les cas, il est nécessaire d'une part d'éviter d'éliminer des solutions a priori sans vérification des impacts environnementaux et d'autre part de valider la faisabilité technique, économique et commerciale des hypothèses d'amélioration identifiées. La coopération et le dialogue interne et externe sont des facteurs clés de succès.
  • Un marketing inadapté
    Un produit éco-conçu peut s'avérer très différent du produit initial, il doit donc être mis en valeur face aux produits " classiques ". Pour cela, le marketing produit et la communication environnementale doivent faire ressortir l'éco-conception comme un facteur différenciant et englober le produit dans une approche plus globale en améliorant le service rendu.

La généralisation de la démarche

Les débuts de l'éco-conception dans la fin des années 90 ont été le fait de quelques entreprises précurseurs, par exemple Steelcase (mobilier de bureau) ou Lafuma (équipements outdoor).
Aujourd'hui, l'éco-conception a dépassé l'effet de mode pour devenir un courant de fond, car les entreprises sont toujours plus nombreuses à prendre conscience de l'importance de l'environnement dans leur stratégie et de l'enjeu que cela devient pour les clients. La manière d'engager une telle démarche peut procéder de deux types de raisons :
  • Externes : pression des parties prenantes, respect de la réglementation (directive DEEE, directive sur les emballages, directive VHU, etc.), obtention d'une certification environnementale ou d'un écolabel réclamés (ou non) par les clients, etc.
  • Internes : économies de matière, amélioration de la qualité, motivation du personnel, amélioration de la communication et de la collaboration internes, amélioration de l'image de l'entreprise, argument concurrentiel, etc.
La majorité des secteurs d'activités a désormais vu une ou plusieurs démarches, de l'emballage aux cosmétiques, en passant par l'automobile ou encore le bâtiment ou les produits ménagers.
L'éco-conception n'est pas l'apanage des grands groupes ou des PME. Quelles que soient les motivations, seul le résultat compte en terme de réduction des impacts environnementaux. Cependant, le passage à l'éco-conception requiert un investissement initial (a minima du temps à consacrer à la réflexion), une trésorerie dont toutes les entreprises ne disposent pas forcément.
La décision d'une telle démarche sera probablement plus facile et rapide dans une PME et s'inscrira vite dans une stratégie d'entreprise. La rapidité de mise en œuvre dépendant du niveau d'investissement consacré, les grandes entreprises sont souvent plus efficaces dans ce registre.

Comment peut-on savoir qu'un produit est éco-conçu ?

Il existe trois formes d'étiquetage environnemental reconnus par l'ISO :
  • Les écolabels. Deux sont susceptibles d'être délivrés en France : NF Environnement et l'écolabel européen.
  • Les auto-déclarations environnementales. La norme NF EN ISO 14021 a été publiée pour moraliser le recours aux auto-déclarations.
  • Les éco-profils. Il s'agit de données quantitatives sur les impacts environnementaux d'un produit, élaborées volontairement par le fabricant.
On peut reprocher à ces différents étiquetages officiels de ne pas être suffisamment harmonisés, ce qui a pour conséquence une méconnaissance par le grand public. Mais ce problème n'est pas propre à l'éco-conception, c'est celui de l'ensemble des étiquetages environnementaux (agriculture biologique, étiquetage carbone, etc.).

Conclusion

Pour élargir la réflexion sur l'éco-conception, deux grandes tendances se dégagent :
  • L'économie circulaire : cette approche pragmatique élargit l'analyse du cycle de vie, pour passer d'une approche " berceau à la tombe " à une approche " berceau au berceau ", et introduit ainsi la notion d'écologie industrielle, et les partenariats avec d'autres secteurs d'activité que cela implique.
  • L'économie de fonctionnalité amène à dissocier le produit et son usage et à mettre en valeur le service rendu, ce qui amène un changement de paradigme notable pour certains produits en terme de marketing pour certains produits. Ce changement s'est déjà opéré dans quelques secteurs (location de moyens de transport notamment), mais sera beaucoup plus long à mettre en place ailleurs.
Ces deux approches sont complémentaires et participent à une meilleure prise en compte de l'environnement dans la stratégie globale des entreprises.