Formation, mode d'emploi
01/09/09 - CAD Magazine
Enjeux économiques, professionnels, personnels, tout pousse aujourd'hui les salariés à se former tout au long de
leur carrière. Etre acteur de son parcours professionnel, progresser dans son métier ou simplement conserver sa place
actuelle exigent une adaptation régulière de ses compétences et connaissances.
Le contexte structurel et conjoncturel
Le contexte actuel est plutôt favorable à l'exigence de formation continue. Depuis plus d'une vingtaine d'années,
la réglementation, les organismes paritaires, régionaux et les syndicats professionnels ont tissé une structure efficace
de formation pour adultes. La législation prévoit en effet que toute entreprise, quelle que soit sa taille, doit participer
à la formation de ses salariés. Selon sa branche d'activité et sa masse salariale, elle verse donc une cotisation annuelle
à un fond collecteur. A charge pour cet organisme de proposer un encadrement pédagogique et financier pour les salariés
qui souhaiteront parfaire leur formation à travers les fameux DIF, CIF et autres VAE.
Les entreprises peuvent également mettre en place un plan de formation spécifique à leurs décisions stratégiques et
choisir les salariés qui en bénéficieront. Le déploiement de la CAO3D, un changement de solutions, l'intégration
progressive de la simulation numérique dans les phases conceptuelles, la démarche PLM... Bref autant de nouveaux outils
et procédures à intégrer et maîtriser au plus vite.
Les structures existent, les besoins sont évidents, il semble en plus que c'est le bon moment ! L'industrie est en effet
la proie d'une double crise. Economique d'abord suite à l'éclatement de la bulle financière, technique ensuite pour
répondre aux nouveaux défis écologiques : voiture dépolluée, réglementation environnementale, raréfaction des énergies
renouvelables, etc. Une situation qui impacte directement la politique des entreprises.
Pour le chef de formation dans l'industrie qui s'inscrit notamment lors des périodes de chômage technique.
La tendance
Une tendance qui se vérifie dans les chiffres. Selon le Fafiec (Organisme collecteur de l'ingénierie, de l'informatique
des études, du conseil, des foires et salons et des Traductions), les métiers de l'ingénierie représentent en 2009 près
de 16000 entreprises et 182000 salariés, dont la très grande majorité sont des TPE. Chantal Buffet, responsable de
l'antenne IDF Ingénierie : " Entre octobre 2008 et juillet de cette année, ces entreprises ont effectué 3 710 périodes
de professionnalisation, contre seulement 933 sur la même période l'an passé ! Elles ont enregistré près de 37000 actions
de formation continue contre 29000 sur la même période l'année précédente. "
Le top 5 des formations les plus demandées ? Les techniques de l'ingénieur, la DAO/ CAO, l'anglais, mais également les
formations liées à la sécurité, ainsi que la gestion de projet. " Sur le secteur du bâtiment, les attentes de formation
sont principalement axées sur le développement durable dans la lignée des attentes du Grenelle de l'environnement. Les
thèmes porteurs sont l'amélioration énergétique des bâtiments existants, le diagnostic immobilier, la démarche HQE et
la réglementation thermique lancée en 2005 ". Les études de prospective de l'Opiiec (Observatoire paritaire des métiers
de l'informatique, de l'ingénierie, des études et du conseil) montrent également un redémarrage du secteur nucléaire. Il
s'agit de revaloriser les sites existants et de faire face à une nouvelle compétition internationale grâce à un personnel
mieux formé.
Outre son catalogue de formations transversales, le Fafiec propose des Actions Collectives sur des thématiques
prioritaires, nationales ou liées à un bassin d'emplois. Pour la branche Ingénierie / Bureau d'étude, quinze thématiques
sont disponibles et couvrent des connaissances métier comme l'Amdec, la cotation fonctionnelle, le tolérancement ISO et 3D,
mais également applicatives avec des formations autour de Catia V5, SolidWorks, Delmia, ou encore Primavera (gestion de
projet) et PDMS (piping).
Ces formations sont également des orientations sectorielles identifiées comme prioritaires par le CPNE (Commissions
Paritaires Nationales de l'Emploi) et l'Opiiec : nucléaire, ingénierie aéronautique et développement durable.
Ainsi, depuis janvier 2007, entre 800 et 900 stagiaires ont été formés chaque année aux normes HQE ; SolidWorks et
Catia (projet nucléaire) ont fait le plein de leur côté avec respectivement 407 et 298 stagiaires formés depuis mars
2009.
L'expérience
Le logiciel n'est pas tout. La manière de s'en servir, les procédures qui accompagne son déploiement dans l'entreprise...
comptent parfois plus que ses performances intrinsèques. Le service, et la formation en particulier, tiennent désormais
une large place dans le chiffre d'affaires des éditeurs de solutions de PLM. Cela profite également à de nombreux
cabinets spécialisés, appelés comme facilitateur de projets. C'est le cas de Enora Consulting, une petite structure
codirigée par William Porret : " L'accompagnement du changement passe obligatoirement par une étape de formation
des équipes concernées. Combien d'outils et de procédures sont abandonnées ou contournées par les employées par manque
de formation. Les échecs sont généralement dus à deux cas de figure courants. Premier cas, les salariés sont formés
après la mise en place de l'outil et la refonte des procédures. Mis devant le fait accompli, ils adhèrent difficilement
au projet. Résultat, les dirigeants tentent le passage en force, d'où la formation de " poches de résistance ", voire
l'abandon du projet sur le service le plus récalcitrant. Second cas, on" oublie " certains services de l'entreprise,
comme les achats ou la maintenance, lors de la mise en œuvre d'un nouvel outil qui impacte indirectement sur leur
quotidien. Avec à la clé les mêmes difficultés que dans le point précédent. L'un de nos clients pourrait illustrer
un troisième cas de figure : il a intégré très tôt toutes ses équipes et leur a demandé de participer à toutes les
décisions. Résultat, dans le meilleur des cas un consensus mou, et au final l'abandon du projet et des trois mois d'études
de deux consultants ! "
L'expérience montre qu'il est donc nécessaire de travailler avec un panel représentatif large de l'entreprise, mais
structuré par un sponsor du projet. " Et puis, le leader projet ne doit pas demander l'avis de tous. Il est en
revanche pertinent de sensibiliser les parties concernées à la mise en œuvre de la démarche de progrès. Notamment dans
le cadre d'un projet PLM, qui associe des salariés qui n'ont pas l'habitude de travailler ensemble, qui n'ont pas les
mêmes objectifs, ni le même vocabulaire. Et qui s'accompagne souvent d'une refonte des processus ! ", conclut-il.