PLM : solution dédiée ou fédératrice ?
01/08/09 - Maintenance et entreprise
Comment évaluer la pertinence d'un projet de gestion du cycle de vie produit, ou PLM, et que peut-on en attendre ?
L'analyse de William Porret, fondateur et directeur associé de ENORA Consulting.
Historiquement, le PLM (Product Lifecycle Management) s'adresse aux bureaux d'études industriels. Aujourd'hui, son rôle
a largement évolué vers une interface entre les différents métiers et leurs solutions. ENORA propose un tour d’horizon
de ce projet multi-acteurs. Considéré comme une approche stratégique de management des informations relatives au produit,
depuis sa définition jusqu'aux phases de maintenance en passant par la fabrication, le PLM représente avant tout une
discipline industrielle. Il tire ses origines des secteurs aéronautiques et de défense, s'étend largement à l'automobile,
l'électronique, la pharmacie, l'agro-alimentaire et touche aujourd'hui quelques rares secteurs tertiaires tels que la
banque-assurance.
L'objectif du PLM est de permettre aux différentes entités de l'entreprise, de la production à la vente, de partager
la connaissance des différents stades du cycle de vie d'un produit (conception, fabrication, stockage, transport, vente,
service après-vente, recyclage). L'approche du PLM implique nécessairement un rapprochement fort avec les autres outils
verticaux de l'entreprise : le SCM pour optimiser le sourcing et l'approvisionnement ; l'ERP pour rassembler les
informations liées à la production du produit ; le CRM pour prendre en compte la Relation Client.
Un critère de réussite : la conduite du changement
Le PLM se caractérise par la nature des données manipulées, essentiellement des documents, et par la durée des cycles
qu'elle gère. Le PLM gère les produits durant de longues périodes : analyses marketing, R&D, études et conception,
méthodes et qualité, production, service après vente... L'ensemble est organisé dans un workflow où chacun se connecte
avec ses outils. Comme pour les ERP, les entreprises n'adoptent généralement pas une démarche PLM complète, mais se
cantonnent aux briques qui les intéressent.
Le déploiement d'un outil PLM est un travail dans la durée : plusieurs mois, parfois plusieurs années, avec un
fonctionnement en mode projet (maquette, validation, formation, déploiement). Le PLM relève deux défis : établir le
modèle de représentation des produits le plus pertinent possible ; définir et implémenter le processus de conception
de l'entreprise dans l'outil de PLM.
La difficulté est renforcée lorsque qu'il est prévu une intégration directe avec l'ERP.
Le PLM est une application structurante qui engendre une évolution organisationnelle forte et la remise à plat d'un
certain nombre de méthodologies et de processus métiers de l'entreprise. Elle ne change pas seulement l'informatique,
mais oblige aussi à modifier les façons de travailler des différents métiers. Un tel projet demande à la fois de motiver
les équipes pour son adoption, de leur en faire percevoir les bénéfices, et de les former non seulement à l'outil, mais
aussi aux nouveaux processus de travail qui en découlent.
Ainsi, pour s'assurer la réussite d'un projet PLM, il faut faire en sorte que chacun puisse obtenir la vue métier qui
l'intéresse, par exemple le fait de pouvoir tester la robustesse d'une pièce pour un service de l'ingénierie, estimer
son coût quand on fait partie du département achats ou encore de connaître le processus de développement à suivre pour
fabriquer la pièce si on est un outilleurs.
Pour résumer, un projet PLM est un succès quant il permet de faire ressortir l'information métier essentielle.
Il y a aussi l'épineux problème de la migration des données existantes : en une fois ou par itérations ? Cette question
doit être traitée au cas par cas, en prenant en compte les spécificités de chaque organisation et du volume des données
à migrer. Quoi qu'il en soit, il faut être particulièrement vigilant quant à l'incohérence des données lorsque celles-ci
proviennent de plusieurs sources. A cette occasion, il est essentiel de définir et de mettre en place une nomenclature
commune à tous les métiers afin d'aboutir à un référentiel unique qui va permettre de fluidifier concrètement et
durablement le partage d'information.
Des gains réels avec des enjeux stratégiques
Un projet PLM apporte une réponse concrète à un nouveau contexte industriel : co-conception dans l'entreprise étendue,
création de filiales à l'étranger, nécessité de capitaliser son savoir-faire... Il constitue une source de productivité :
réduction des coûts et délais de développement des nouveaux produits, un premier pas vers le "zéro papier", amélioration
de la communication dans l'entreprise et avec les partenaires, automatisation de tâches... C’est avant tout une solution
pragmatique à des problèmes récurrents : maîtrise d'une information de plus en plus numérique (plans et normes sous
format .pdf), suppression du multi-classement, respect des circuits d'approbation, visualisation des fichiers CAO...
A terme, le PLM permet ainsi de réduire le time-to-market, d'optimiser la gestion des ressources, la traçabilité des flux
d'information et la rationalisation des données. Pour résumer c'est l'efficacité globale de l'entreprise qui est
recherchée. Le ROI (retour sur investissement) d'un projet PLM reste cependant difficile à calculer. En comparaison
d'une innovation technique où le retour sur investissement est plus facile à calculer, la productivité sur le système
d'information est difficile à évaluer. L'information est pourtant un patrimoine important de l'entreprise. Ne pas
l'optimiser peut donc constituer un gros manque à gagner !