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Les DSI doivent adopter une attitude éco-responsable
Interview Gérald Espardellier de Enora Consulting par Marc Jacob
01/07/09 - Global Security Mag


Une démarche Green IT est généralement fédératrice d'énergie dans les entreprises. Cette démarche peut commencer par une formation des utilisateurs à des gestes simples au quotidien qui doivent se transformer en réflexes. Ces actions peuvent conduire à des économies substantielles sur la facture énergétique mais ont, dans le même temps, un impact non négligeable sur l'environnement s'ils se démocratisent non seulement dans toutes les entreprises mais aussi dans le quotidien de chaque foyer. Gérald Espardellier, directeur associé de ENORA Consulting, estime que dans les DSI les habitudes de consommation doivent changer pour adopter une attitude éco-responsable.

GS Mag : Le Green IT peut-il être un projet fédérateur du personnel dans les entreprises ?

Gérald Espardellier : De manière générale, il est très difficile de trouver des détracteurs des principes d'une démarche Green IT, tout comme pour une démarche de développement durable ! Ces démarches sont profondément fédératrices car elles promeuvent des valeurs positives et visent à réduire des impacts qu'il est désormais difficile d'ignorer.

Lorsque la politique Green IT est bien définie et communiquée, elle n'apparaît plus comme une contrainte, mais comme un gain par rapport à l'existant. Bien souvent, les efforts demandés aux salariés sont facilement transposables dans leur vie personnelle et familiale, notamment en ce qui concerne les économies d'énergie dues aux postes de travail individuels.

Une politique Green IT s'articule autour de trois grands axes :
  • La réconciliation des responsabilités économiques et sociétales
  • L'adoption et la promotion de règles " vertes "
  • La réduction de la consommation d'énergie
Comment être contre ces trois actions ?

Le Green IT ne doit pas être la seule démarche développement durable dans l'entreprise. Pour créer une véritable culture développement durable, il faut aller plus loin. En d'autres termes, le personnel peut voir dans une démarche uniquement sur le Green IT, une sorte de " manipulation " du management voulant faire croire qu'il mène une politique développement durable.

GS Mag : Quels sont les principaux réflexes que doivent acquérir les collaborateurs dans cette démarche ?

Gérald Espardellier : Tous les collaborateurs de la DSI et des métiers doivent acquérir de nouveaux réflexes, principalement sur leur comportement pour l'utilisation de leur poste de travail.

L'instauration de quelques règles simples (extinction des moniteurs le soir, désactivation des économiseurs d'écran pour ne pas bloquer la mise en veille, etc.) peut avoir un impact important, d'autant plus que le coût de l'énergie est voué à une augmentation certaine.

Une étude Gartner pour une entreprise fictive avec un parc de 2500 postes montre en effet qu'une bonne gestion de l'alimentation électrique des PC peut réduire de 43% la consommation des postes de travail.
Les paramètres retenus sont les suivants : parc de 2500 postes utilisés 8 heures par jour et 230 jours par an, pour moitié des PC fixes et pour moitié des ordinateurs portables - dont 90% disposent en plus d'un moniteur externe- et dont les moniteurs sont pour moitié des écrans cathodiques et pour moitié des écrans LCD.
Trois comportements de l'entreprise ont été examinés :
1. Aucune action pour réduire sa consommation électrique
2. Mise en place de bonnes pratiques et utilisation des outils de gestion de l'énergie prévus par les fabricants, mais aussi présents dans certains outils d'administration à distance. L'économie est alors estimée entre 27 500 dollars (si les portables sont aussi utilisés et rechargés à leurs domiciles par les employés) et 43 000 dollars (si les ordinateurs portables sont rechargés sur place) par an.
3. Extinction complète des postes à la fermeture des bureaux. L'économie supplémentaire se monte à 6500 dollars de plus. Mais elle risque d'y perdre en productivité en effectuant toute sa maintenance et ses mises à jour sur les heures de bureau.

La consommation énergétique des postes ne doit toutefois pas occulter l'importance d'autres aspects du comportement des utilisateurs :
  • L'optimisation des imprimantes par la favorisation des multi-fonctions et des imprimantes en réseaux
  • L'économie de papier par l'utilisation du mode recto-verso, la réutilisation de feuilles de brouillon, etc.
J'attire l'attention sur le fait que les collaborateurs doivent faire des efforts, mais les habitudes des DSI doivent également évoluer. A titre d'exemple, les efforts fournis pour les économies d'énergie pour l'utilisation des SI sont le plus souvent dilués dans la facture énergétique globale de l'entreprise car la facture d'électricité reste à la charge des services généraux.

Dans le cadre d'une démarche Green IT, les DSI mettront en place toutes les actions nécessaires et adaptées pour réduire leurs impacts, mais elles devront également changer certaines habitudes bien ancrées. Cela concerne principalement le renouvellement du parc matériel… Il est en effet louable de vouloir optimiser son parc, mais les bienfaits d'une consommation moindre sont vite annulés par des changements d'équipements trop fréquents. Le bilan carbone d'une telle stratégie s'avère globalement négatif dès lors que l'on incorpore la totalité du cycle de vie des matériels, et notamment le coût carbone de leur fabrication : c'est ce que l'on appelle l'énergie grise. La fabrication de matériels informatiques est grande consommatrice de métaux rares et d'énergie. Mais ces considérations touchent alors aux pratiques des constructeurs ! Et le sujet de la gestion des déchets prend toute son importance. On voit bien que, très vite, les réflexes des uns sont conditionnés par les réflexes des autres...

GS Mag : Y a-t-il des outils de sensibilisation que l'on peut utiliser pour obtenir des résultats dans ce domaine ?

Gérald Espardellier : Une étude menée en 2007 aux Etats-Unis par PC Energy indique que :
  • 60 % des utilisateurs reconnaissent de ne pas éteindre leur poste de travail tous les soirs
  • 20 % reconnaissent ne jamais le faire
  • 50 % des PC ont le mode veille activé
Les motivations à ne pas éteindre son poste sont divers ordres :
  • 44 % : " la procédure indique de ne pas l'éteindre "
  • 31 % : " mon PC le fait tout seul "
  • 20 % : " cela prend trop de temps "
Comme nous l'avons déjà vu, les économies réalisées par la bonne gestion de l'alimentation des postes de travail peuvent s'avérer substantielles. Bien souvent, les utilisateurs ne sont pas sensibilisés aux gains réalisés par la modification de leur comportement.

Nous insistons sur l'importance de la communication et de la pédagogie auprès des utilisateurs. Il est important que cette démarche ne soit pas circonscrite à la sphère professionnelle, les gains réalisés au sein de l'entreprise sont facilement transposables à la facture électrique domestique… La DSI doit donc présenter les gains de la façon la plus attractive possible : " On ne fait bien que ce que l'on comprend ".
Concrètement, la DSI a plusieurs moyens de faire passer le message auprès des utilisateurs. Cela va de l'apposition d'autocollants sur l'écran pour rappeler les bons usages, à l'envoi régulier d'emails (de préférence en fin de journée) rappelant ces usages. Enfin, des " journées Green IT " peuvent être mises en place : les ordinateurs éteint en fin de journée sont comptabilisés et l'économie réalisée est communiquée dès le lendemain. Cela a un vrai effet catalyseur sur le personnel qui prend conscience de mieux se comporter et qui affiche une certaine fierté à le faire.

GS Mag : Le télétravail est-il une piste à suivre dans une démarche de Green IT?

Gérald Espardellier : Les transports et les bâtiments sont deux grands contributeurs d'émissions de gaz à effet de serre. L'optimisation des SI peut contribuer à améliorer le bilan écologique de ces deux secteurs, de façon directe en permettant une meilleure efficacité énergétique mais également de façon indirecte grâce à la réorganisation du travail dans les entreprises.

Oui, le télétravail est une piste à suivre dans une démarche de Green IT. En effet, le télétravail et les réunions à distance s'avèrent pertinents grâce à la limitation des déplacements professionnels mais aussi grâce à la réduction des espaces de travail et des locaux, diminuant ainsi les besoins en chauffage et climatisation. Sur un plan plus social, les salariés peuvent améliorer la gestion de leur temps, mais le lien social doit absolument être préservé pour conserver la culture et l'esprit d'entreprise.
Le télétravail permet de s'inscrire pleinement dans la réconciliation des responsabilités économiques et sociétales des entreprises, premier axe de la politique Green IT proposée par ENORA Consulting.

Le rapport " TIC et développement durable " rendu public par le MEEDDAT en mars indique que le déploiement du télétravail est limité en France puisque seraient comptés environ 7% de télétravailleurs contre 13% en moyenne en Europe. Plusieurs raisons peuvent être avancées, d'ordre organisationnelles, comportementales, culturelles, financières et enfin juridiques.

Très rapidement, on constate que cette piste dépasse le strict cadre de la DSI, le télétravail s'inscrit dans une stratégie plus large de l'entreprise : les relations avec les collaborateurs doivent évoluer très largement (notamment pour leur évaluation), la question de la répartition du temps de travail se pose, sans compter les aspects juridiques et sociaux. D'autre part, le partage des matériels et infrastructures doit être accepté… Et pour assurer la fiabilité d'un tel fonctionnement, la DSI doit assurer la sécurité des informations échangées par les télétravailleurs depuis l'extérieur.

Une étude de CISCO pour le compte du MEDDAT (en mars 2008) met en avant le double avantage économique et environnemental du télétravail. Fondée sur une hypothèse de mise en œuvre progressive d'un programme de travail à distance, réduisant à un jour de présence au bureau des employés, pour 1000 employés et à horizon 2019, l'étude aboutit, en régime de croisière, à un bénéfice annuel par agent de 20 000 €, et un gain en CO2 de 200 kg par agent et par an. Ces résultats, extrapolés à un périmètre de 3 millions d'Equivalent Temps Plein (ETP) télétravailleurs conduiraient à une économie en CO2 de 0,75 Mt/an.

C'est dans cette perspective que " Le Plan de développement de l'économie numérique France Numérique 2012 " du Secrétariat d'Etat à l'Economie Numérique prévoit l'encouragement du télétravail. L'action n°117 repose ainsi sur le lancement d'une action nationale sur le télétravail associant les principaux acteurs concernés par les divers sujets à traiter en cohérence, en particulier le droit du travail, les technologies, l'organisation de l'entreprise, le transport, et le développement durable.

Pour les DSI, la proposition de solutions de réunions à distance aux collaborateurs est plus simple à mettre en œuvre, car elles n'impliquent pas des changements de comportement aussi radicaux que pour le télétravail.
Les conférences téléphoniques ou encore les visioconférences contribuent directement à des économies d'énergie et de transports. En période de crise et de resserrement des budgets de déplacement, ces solutions trouvent un écho tout particulier dans les entreprises !
Les bénéfices s'avèrent nombreux :
  • Réduction du temps de transport des collaborateurs
  • Réduction des cycles de décisions grâce à la capacité de réunion simple et rapide
  • Amélioration des conditions de vie des collaborateurs se déplaçant souvent et empiétant sur leur vie personnelle
Toutefois, pour certaines décisions importantes et structurantes pour l'entreprise, ces solutions doivent être mises de côté pour privilégier le contact humain des interlocuteurs.

Il ne faut pas perdre de vue que les utilisateurs sont les clients de la DSI, et qu'ils doivent être servis au mieux par la démarche Green IT !