L'informatique verte servira de modèle pour d'autres évolutions
04/06/09 - 01 Informatique
Quelle sera la prochaine étape pour le système d'information vert ?
Jean-Luc Couasnon : Nous en sommes au stade où l'on prend conscience que les anciennes habitudes d'exploitation ne sont
plus adaptées : les écrans LCD, réputés moins polluants que les cathodiques, consomment six fois plus en veille. La
réduction du nombre de machines physiques grâce à la virtualisation perd de son intérêt si chaque déploiement de nouveau
serveur virtuel impose d'alimenter et de refroidir des disques supplémentaires. Il faut maintenant mutualiser et
automatiser les ressources selon des critères énergétiques, que nous ne savons pas encore bien déterminer.
Marie Daelman : Le fond du problème est que la facture d'énergie reste globale. Il faudra obtenir des mesures plus
précises et, pour cela, mettre au point des instruments spécifiques. Les solutions aujourd'hui proposées restent
embryonnaires, mais leur amélioration est en bonne voie : SAP montre déjà l'exemple avec le rachat de Clear Standards,
un éditeur qui dispose d'outils pour évaluer l'émission des gaz à effet de serre. D'autres fournisseurs vont rapidement
vouloir le suivre.
Les DSI s'intéresseront-ils encore au développement durable après la crise ?
J-LC : Plus que jamais! Le développement durable concerne d'abord l'informatique et, par la suite, la manière dont le
système d'information aura changé servira de modèle pour d’autres évolutions : une chaîne de distribution, des ressources
immobilières, voire la gestion des compteurs électriques qui pourrait se faire à distance et être automatisée par des
scripts. Le DSI doit se préparer dès maintenant à devenir le directeur du développement durable. Dans le secteur tertiaire
notamment, sa direction ne représente en effet qu'une fraction du bilan carbone. A lui de montrer qu'il sera davantage
en mesure de maîtriser les énergies qu'un directeur d'organisation, lequel a aujourd'hui la mainmise sur les dépenses
d'électricité, d'eau et de climatisation.
MD : Cela signifie qu'il faut parvenir à refacturer l'électricité comme on refacture actuellement d'autres services,
notamment ceux de la direction des services d'information. Dans la situation actuelle, des briques de développement
durable se mettent en place à différents endroits de l'entreprise, alors qu'il faut viser une approche globale qui fait
défaut. Attention toutefois, car le poste de directeur du développement durable pourrait disparaître dans un second temps,
tout comme le reporting est repassé sous le giron de chaque direction, alors qu'il fut pendant un moment à la charge
d'une personne centrale.
Les entreprises vont-elles facilement passer à la Green IT ?
J-LC : La difficulté d'une stratégie Green globale tient à la nécessité de passer rapidement d'une mise en œuvre
simplement technique à la remise en question des méthodes de travail existantes. Par exemple, pour réduire le bilan
carbone, il faut aller jusqu'à oser passer au télétravail. Une révolution culturelle, qui demandera au moins six ans
pour se mettre en place. L'avantage est que la sortie de crise favorisera ce bouleversement.
MD : Non, cela va prendre du temps. Elles regardent encore le Green IT avec méfiance. Deux déclencheurs se font attendre.
D'abord, il faut que les individus déjà éco-responsables dans la sphère privée le restent suffisamment dans la sphère
professionnelle pour forger la culture du développement durable de leur entreprise. Ensuite, il ne faut pas négliger
l'émulation. Les entreprises voudront devenir green lorsque leurs concurrents se targueront de l'être. Nous partons de
loin pour que le Green IT entre dans les mœurs de la moindre PME. La Société Générale, Bouygues Immobilier et Orange
commencent à peine à mettre en place une stratégie d'éco-responsabilité. Hors de question, enfin, d'imposer au secteur
privé les réglementations du secteur public : ce serait pris comme une ingérence de la part de l'Etat.